Les trouvailles de Rwatuny

Plaidoirie

 
Jonathan Pollak lors de son procès, le 27 décembre dernier. (Photo : Oren Ziv - ActiveStill)  
Plaidoirie de Pollak, déclaré coupable, avant sa condamnation Votre Honneur, une fois déclaré coupable, il est coutumier que l’accusé demande la clémence du tribunal et manifeste des remords pour avoir commis une infraction. Pourtant, je me sens incapable d’agir ainsi. Depuis le tout début de ce procès, il n’y a pratiquement aucun désaccord sur la réalité des faits. Comme l’indique l’acte d’accusation, je roulais effectivement à bicyclette, avec les autres, dans les rues de Tel Aviv, pour protester contre le siège de Gaza. Et effectivement, en circulant à vélo, les vélos étant des moyens de locomotion que la loi autorise dans les rues, nous avons pu quelque peu ralentir la circulation. Le seul et léger désaccord dans tout ce dossier tourne autour des témoignages des enquêteurs de la police qui prétendent que j’aurais joué un rôle prépondérant tout au long de ce défilé cycliste de protestation, ce que, à l’instar des autres témoins de la défense, je récuse totalement. Comme je l’ai dit précédemment, il est de coutume à ce stade de la procédure d’exprimer des remords, et en effet, j’aimerais faire part de regrets, concernant un aspect particulier des évènements de cette journée : si j’éprouve des remords au fond de mon coeur, c’est, comme je l’ai avancé pendant le procès, pour de ne pas avoir joué un rôle prédominant dans cette journée de protestation, et pour ne pas avoir accompli pleinement mon devoir qui est de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour changer la situation insupportable des habitants de Gaza, et pour aider à mettre fin au contrôle israélien sur les Palestiniens. Votre Honneur a déclaré pendant le procès, et très probablement qu’elle le déclarera d’autres fois à l’avenir, qu’un procès n’est pas une question de politique, mais de droit. A cela, je réponds qu’il n’y a quasiment rien dans ce dossier, « excepté » un désaccord politique. Il se pourrait que ce tribunal m’ait empêché de construire une défense appropriée en refusant d’entendre mes arguments sur la sélectivité politique dans la conduite de la police, mais, rien qu’à regarder les témoignages reçus, il apparaît clairement qu’une telle sélectivité existe. Le sujet de mon présumé délit, tout comme les motivations qui se cachent derrière, est politique. C’est quelque chose qu’il n’est pas possible d’écarter. L’État d’Israël maintient un siège illégitime, inhumain et illégal sur la bande de Gaza qui est toujours un territoire occupé au regard du droit international. Ce siège, imposé en mon nom et aussi dans le vôtre, Monsieur, en réalité dans notre nom à tous, est une punition collective cruelle infligée à des citoyens ordinaires, les habitants de la bande de Gaza, des sujets sans droits, sous l’occupation israélienne. Face à cette réalité, et en opposition à cela, nous avons choisi, le 31 janvier 2008, d’exercer la liberté d’expression reconnue aux citoyens juifs d’Israël. Cependant, il semble qu’ici, dans la nôtre des multiples fausses démocraties du Moyen-Orient, cette liberté ne soit plus librement admise, même pour les fils privilégiés de la société. Je ne suis pas surpris par la décision du tribunal de me condamner, bien qu’il ne fasse aucun doute, dans mon esprit, que nos actions de ce jour-là répondaient à la plus fondamentale, la plus élémentaire définition du droit d’une personne à manifester. En effet, comme le Ministère public l’a souligné, une peine de prison avec sursis planait au-dessus de ma tête au moment de la manifestation cycliste, puisque j’ai déjà été condamné sur ce même article de la loi. Et, bien que je maintienne ne pas avoir commis le moindre délit, je suis conscient de la possibilité que, selon la justice israélienne, ma peine avec sursis me soit imposée. Je dois ajouter que si Votre Honneur décide de poursuivre et de me faire exécuter ma peine de prison avec sursis, j’irai en prison volontiers, et la tête haute. C’est le système judiciaire lui-même qui, je crois, devrait baisser les yeux face aux souffrances infligées aux habitants de Gaza, tout comme il baisse les yeux et détourne son regard, jour après jour, quand il est confronté aux réalités de l’occupation. [Info-Palestine] - Jonathan Pollak : « J’irai en prison la tête haute »


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